Linteau béton : choisir le bon système, réussir la pose, éviter les erreurs

Le linteau béton assure la reprise des charges au-dessus d’une ouverture (porte, fenêtre, baie). Avant de commander ou de couler, retenez ces éléments essentiels :
- Trois systèmes principaux : le prélinteau (élément coffrant en béton précontraint, épaisseur typique 5 cm, largeurs 15 ou 20 cm), le linteau béton armé préfabriqué (prêt à poser, section variable selon la portée), et le linteau coulé en place (béton armé ferraillé sur mesure).
- Appuis minimaux : généralement au moins 20 cm par jambage, ou environ un dixième de la portée selon les produits ; toujours vérifier les tables du fabricant ou les prescriptions du DTU 20.1.
- Portées courantes : les prélinteaux et linteaux préfabriqués se trouvent en grandes surfaces de bricolage et négoces pour des longueurs de 1,0 à 2,8 m ; au-delà (3 m, 4 m, 5 m), les solutions sur mesure ou les profilés métalliques (IPN) deviennent fréquents.
- Prix indicatifs : en rayon GSB, un linteau béton de 2 m se situe souvent entre 15 et 40 € selon la section et le type (prélinteau ou linteau armé complet) ; les linteaux de 3 m ou 4 m nécessitent un devis auprès d’un négoce ou d’un préfabricant.
- Cure et décoffrage : le béton atteint sa résistance de référence (fc28) à 28 jours ; respectez les délais de décoffrage et d’étaiement prescrits par le bureau d’études ou la fiche technique pour éviter fissures et affaissements.
Prélinteau, linteau préfabriqué ou coulé en place : quel choix selon le chantier ?
Chaque système répond à des contraintes différentes de mise en œuvre, de portée et de charge. Le tableau ci-dessous synthétise les principales options disponibles.
| Système | Atout principal | Limites | Quand l’utiliser ? |
|---|---|---|---|
| Prélinteau béton précontraint | Coffrage collaborant, rapidité de pose, face supérieure rugueuse pour accroche | Nécessite rehausse maçonnée ou dalle de compression | Maison individuelle, ouvertures courantes (≤2,8 m), chantier rapide |
| Linteau BA préfabriqué | Prêt à poser, résistance certifiée, portées standardisées | Poids important, choix limité aux catalogues fabricants | Bâtiments collectifs, portées < 3 m, délais courts |
| Linteau coulé en place | Adaptation parfaite aux portées/charges, armatures sur mesure | Coffrage manuel, étaiement prolongé, cure à surveiller | Portées atypiques (>3 m), charges lourdes, géométrie complexe |
Le pré linteau beton constitue un élément coffrant collaborant en béton précontraint. Son épaisseur standard de 5 cm et sa largeur de 15 ou 20 cm en font une solution légère et rapide à installer. La face supérieure rugueuse améliore l’adhérence avec la rehausse (rang de blocs ou dalle) qui vient le compléter. Ce système permet de réaliser un linteau porteur sans coffrage complexe, l’ensemble prélinteau + rehausse travaillant ensemble pour reprendre les charges.
Le linteau beton prefabrique (ou linteau béton armé complet) se pose directement sur les jambages sans nécessiter de rehausse structurelle. Les armatures intégrées sont dimensionnées en usine selon des portées et charges normalisées, ce qui garantit la conformité aux Avis Techniques et au DTU. Ces linteaux préfabriqués conviennent parfaitement aux ouvertures courantes de maisons individuelles ou de petits bâtiments collectifs.
Le linteau coulé en place offre la plus grande flexibilité : le ferraillage est calculé spécifiquement pour la portée, la charge et les appuis réels. Cette solution s’impose pour les portées importantes (4 m, 5 m ou plus), les charges concentrées (mur porteur au-dessus) ou les ouvertures de forme particulière (arcs, baies cintrées). Le coffrage doit être solide et étayé jusqu’à ce que le béton atteigne au moins 75 % de sa résistance nominale.
Appuis, portées et règles essentielles (DTU + tables fabricant)
La sécurité structurelle d’un linteau repose avant tout sur des appuis suffisants. La règle générale veut qu’un linteau prenne appui sur au moins 20 cm par jambage, ou environ un dixième de la portée selon les produits et les charges. Ces valeurs sont des minimums indicatifs : chaque fabricant publie des tables spécifiques qui croisent portée, section, classe d’exposition et type de charge (mur, plancher, toiture).
Pour lire correctement une table fabricant, identifiez la portée libre (distance entre jambages), la charge à reprendre (poids du mur au-dessus, dalle éventuelle), et la classe d’exposition (intérieur sec, extérieur exposé, atmosphère agressive). Le tableau indique alors la section minimale du linteau ou la référence produit à commander. Ne jamais extrapoler ces données : un linteau sous-dimensionné fléchit, fissure les maçonneries et peut céder.
Avant la pose, vérifiez ces points critiques :
- Nature du mur : bloc béton, brique, pierre ? L’appui doit être suffisamment résistant pour transmettre les charges ; un mur friable nécessite un renfort (semelle de répartition).
- Chaînages : le linteau doit s’intégrer dans le chaînage horizontal du bâtiment (armatures continues sur tout le pourtour) pour assurer la liaison avec les angles et les poteaux.
- Exposition : en façade exposée aux intempéries ou en zone sismique, les prescriptions de recouvrement et de continuité des armatures sont renforcées.
- Sismique : en zone de sismicité moyenne à forte, le DTU 20.1 et les règles parasismiques (Eurocode 8) imposent des dispositions spécifiques sur les ancrages et les recouvrements.
Le NF DTU 20.1 (Travaux de bâtiment – Ouvrages en maçonnerie de petits éléments) encadre la mise en œuvre des linteaux dans les murs porteurs. Consultez ce document ou faites appel à un bureau d’études si la portée dépasse 2,5 m ou si les charges sont importantes.
Prix & disponibilités : ce que montrent les rayons
Le coût d’un linteau varie fortement selon le type, la longueur, la section et la présence d’armatures précontraintes ou d’isolation intégrée. Le tableau suivant donne des ordres de grandeur observés en distribution et négoce.
| Type / Format | Plage de longueur | Ordre de prix | Où on le trouve |
|---|---|---|---|
| Prélinteau 15 cm | 0,80 à 2,80 m | 10 à 30 € | GSB, négoces matériaux |
| Prélinteau 20 cm | 0,80 à 2,80 m | 15 à 40 € | GSB, négoces matériaux |
| Linteau BA préfabriqué 2 m | 1,0 à 2,8 m | 20 à 50 € (selon section) | GSB, préfabricants |
| Linteau BA préfabriqué 3 m | 2,5 à 3,5 m | 40 à 80 € (sur commande) | Négoces, préfabricants |
| Coulé en place (matériaux seuls) | Sur mesure | Variable (béton + acier + coffrage) | Centrales béton, ferrailleur |
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Le prix linteau beton 3m ou 4m nécessite généralement une commande spécifique auprès d’un négoce ou d’un préfabricant, car ces dimensions dépassent les stocks courants des grandes surfaces de bricolage. Comptez un surcoût lié au transport (poids important) et à la manutention sur chantier. Pour un linteau beton 2m standard, les rayons GSB proposent une sélection suffisante pour la plupart des ouvertures résidentielles.
La longueur influe directement sur le prix : un linteau de 1 m coûte deux à trois fois moins cher qu’un linteau de 2,8 m de même section. La section (hauteur et largeur) augmente le volume de béton et d’acier, donc le tarif. Enfin, certains linteaux intègrent une isolation thermique (rupteur de pont thermique), ce qui ajoute 20 à 40 % au prix de base mais améliore significativement la performance énergétique de la façade.
Mise en œuvre : coffrage, étaiement, cure et décoffrage
La pose d’un linteau, qu’il soit préfabriqué ou coulé, impose un protocole rigoureux pour garantir sa tenue dans le temps. Le tableau ci-dessous récapitule les étapes clés et les contrôles associés.
| Étape | Objectif | Contrôle à faire | Erreur à éviter |
|---|---|---|---|
| Préparation appuis | Assurer une assise plane et stable | Lit de mortier de 1 à 2 cm, niveau, propreté | Poser sur un support poussiéreux ou friable |
| Pose du linteau | Transmettre les charges aux jambages | Vérifier débords d’appui (≥20 cm), alignement horizontal et vertical | Négliger l’étaiement sous linteau lourd |
| Étaiement | Supporter le poids jusqu’à durcissement du béton (coulé) ou de la rehausse (prélinteau) | Stabilité des étais, répartition uniforme, maintien jusqu’à fc28 | Retirer les étais trop tôt (risque d’affaissement) |
| Cure du béton | Maintenir l’humidité pour l’hydratation correcte | Arroser ou bâcher pendant 7 jours minimum, protéger du gel/soleil | Laisser sécher à l’air libre (fissuration) |
Pour un prélinteau, la mise en œuvre commence par la pose sur un lit de mortier frais qui garantit le contact continu avec les jambages. Vérifiez le niveau à la règle et au niveau à bulle : un désaffleurement provoque des concentrations de contraintes. Une fois le prélinteau en place, montez immédiatement la rehausse (un ou deux rangs de blocs, ou coulage d’une ceinture béton) qui travaillera solidairement avec l’élément préfabriqué. N’oubliez pas d’insérer les armatures de chaînage horizontal qui traversent le linteau et se prolongent dans les poteaux d’angle.
Le coffrage linteau beton coulé en place nécessite un fond de coffrage (planche ou panneau bakélisé) soutenu par des étais réglables. Les joues latérales maintiennent le béton frais et définissent la section. Positionnez la cage d’armatures (barres HA ou treillis soudé) en respectant les enrobages (distance minimale entre acier et parement, généralement 3 à 4 cm). Huilez légèrement le coffrage pour faciliter le décoffrage ultérieur.
La cure du béton commence dès la fin du coulage. Maintenez une humidité constante pendant au moins 7 jours en arrosant régulièrement la surface ou en la recouvrant d’une bâche plastique. Cette hydratation continue permet au ciment de développer ses liaisons chimiques et d’atteindre progressivement la résistance nominale (fc28 à 28 jours). En période de forte chaleur ou de gel, adaptez les protections : arrosages fréquents l’été, bâches isolantes l’hiver.
Le décoffrage intervient lorsque le béton a acquis suffisamment de résistance pour supporter son propre poids et les charges de construction. Pour un linteau coulé en place, comptez généralement 7 jours minimum avant de retirer les joues latérales, et 14 à 21 jours avant de démonter le fond de coffrage et les étais, selon la portée et la température ambiante. Un décoffrage prématuré provoque fissures, flèches excessives et risque d’effondrement.
IPN ou linteau béton : comment trancher sans se tromper
Le choix entre un linteau en beton et un profilé métallique (IPN, IPE, HEA) relève d’une analyse structurelle et économique. Plusieurs critères entrent en jeu.
Portée, charge et appuis : au-delà de 3 m de portée ou pour des charges très concentrées (plancher béton, mur en agglo plein), l’IPN offre une meilleure résistance en flexion avec une section réduite. Les tables de dimensionnement des IPN sont largement documentées, mais nécessitent un calcul de résistance des matériaux (RDM) pour sécuriser le choix. Un linteau béton de grande portée devient très lourd et volumineux, compliquant la manutention et l’intégration architecturale.
Environnement : en atmosphère humide ou agressive (façade maritime, local industriel), le béton résiste naturellement à la corrosion, alors qu’un IPN nécessite un traitement anticorrosion (galvanisation, peinture époxy). En revanche, l’acier supporte mieux le feu pendant les premières minutes d’incendie, mais perd rapidement sa résistance mécanique au-delà de 500 °C ; le béton conserve une meilleure tenue au feu sur la durée.
Finitions et ponts thermiques : un IPN apparent en façade crée un pont thermique important, dégradant l’isolation et favorisant la condensation. Il faut alors prévoir une isolation rapportée ou un doublage intérieur conséquent. Un linteau béton s’intègre directement dans la maçonnerie et peut recevoir un rupteur thermique intégré, simplifiant la continuité de l’isolation.
Calcul impératif : dans tous les cas, ne dimensionnez jamais « à l’œil ». Faites appel à un bureau d’études ou à un ingénieur structure qui calculera les descentes de charges, les moments de flexion et les réactions d’appui. Le coût de cette prestation (quelques centaines d’euros) est dérisoire face au risque d’un effondrement ou d’une pathologie structurelle.
Erreurs fréquentes qui fissurent ou affaiblissent un linteau
Plusieurs négligences compromettent la durabilité et la sécurité d’un linteau béton.
Appuis insuffisants : poser un linteau avec seulement 10 ou 15 cm d’appui sur un jambage revient à concentrer toutes les charges sur une surface réduite. Le bloc de maçonnerie risque de s’écraser, provoquant un tassement différentiel et des fissures en diagonale. Respectez toujours les 20 cm minimums ou la valeur indiquée par le fabricant, et vérifiez que l’assise est propre, sèche et de résistance suffisante.
Étaiement absent ou retiré trop tôt : un linteau coulé en place ne tient pas seul avant que le béton ait pris. Sous-estimer la durée d’étaiement (retirer les étais au bout de 3 ou 4 jours) entraîne une flèche immédiate et des micro-fissures qui fragilisent l’ouvrage à long terme. Attendez au minimum 14 jours, voire 21 jours pour les grandes portées ou en saison froide.
Cure bâclée : laisser le béton sécher à l’air libre, surtout en été ou par vent fort, provoque une évaporation rapide de l’eau. Le ciment ne s’hydrate pas complètement, la résistance finale chute de 20 à 30 %, et des fissures de retrait apparaissent en surface. Arroser régulièrement ou bâcher pendant 7 jours minimum garantit une prise homogène.
Ferraillage inadapté : couler un linteau avec des armatures sous-dimensionnées ou mal positionnées (acier trop proche du parement, absence de cadres) compromet la résistance en flexion et au cisaillement. Le ferraillage linteau beton doit être calculé selon les charges réelles et les portées ; pour des cas complexes (linteau de 4 m, 5 m ou plus), ne vous fiez jamais à des abaques simplifiées trouvées sur internet sans validation par un professionnel.
Absence de chaînage : un linteau isolé, non relié aux poteaux et aux chaînages horizontaux, ne participe pas au contreventement global du bâtiment. En cas de séisme ou de tassement différentiel, il se détache de la structure et peut basculer. Assurez la continuité des armatures longitudinales dans les angles et les poteaux, conformément au DTU 20.1 et aux règles parasismiques.
Un linteau béton bien dimensionné, posé sur des appuis suffisants et correctement curé, assure une reprise de charges fiable pour plusieurs décennies. La clé du succès réside dans le choix du système adapté (prélinteau, préfabriqué ou coulé), le respect des prescriptions du fabricant ou du DTU, et la rigueur dans la mise en œuvre (étaiement, cure, ferraillage). Pour les ouvertures larges ou les charges importantes, l’intervention d’un bureau d’études reste indispensable afin de valider les dimensions et éviter toute pathologie structurelle.
